200 femmes qui ont fait Genève. Et que l’histoire a oubliées. |
Un livre vient de paraître : « 200 femmes de l’histoire genevoise ». Commerçantes, aventurières, scientifiques : leurs destins oubliés reprennent vie. |

Qui se souvient des sœurs Chevandier ? En 1851, elles ouvrent une épicerie fine à Genève, où elles proposent des marchandises exotiques et fabriquent déjà des tablettes de chocolat. Leur commerce devient une adresse réputée, bien au-delà de la ville. Pourtant, leur nom a presque disparu de notre mémoire.
Deux femmes d’affaires, une histoire très genevoise, et une question : combien d’autres vies comme les leurs avons-nous oubliées ?
C’est tout le propos du livre 200 femmes de l’histoire genevoise, paru aux Éditions Slatkine en septembre 2026 : ouvrir une porte sur ces destins. Ses 480 pages ne racontent pas seulement l’histoire de femmes exceptionnelles. Elles montrent une Genève qui s’est aussi construite grâce à celles dont les noms ont rarement traversé les générations. Des femmes qui ont entrepris, voyagé, changé les règlesLes sœurs Chevandier ne sont pas les seules surprises de cette galerie. Parmi les personnalités évoquées figure Annemarie Schwarzenbach (1908-1942), journaliste, écrivaine et photographe. À partir de 1933, elle parcourt le monde, appareil photo à la main, et rassemble quelque 7 000 clichés. Connue pour ses voyages et ses photographies, elle reste pourtant, selon l’Université de Genève, largement absente de la mémoire genevoise. Au fil des portraits, on s’éloigne des seules grandes figures attendues. Il fait place à des reines et des religieuses, des penseuses, des scientifiques, des artistes et des militantes, mais également à des commerçantes, des femmes politiques, des aventurières et des personnalités moins faciles à ranger dans une catégorie. Il ne s’agit donc pas de dresser un panthéon de femmes irréprochables. Il s’agit de retrouver des existences. Certaines ont ouvert des voies nouvelles. D’autres ont travaillé, créé, résisté ou occupé une place que les récits historiques ont peu mise en lumière. Pourquoi se sont-elles effacées ?L’histoire n’est pas un inventaire neutre : elle dépend aussi des documents conservés, des personnes que l’on jugeait dignes d’être racontées et de celles qui pouvaient laisser leur nom dans les archives. Pour retrouver ces parcours, l’équipe de recherche a dû regarder au-delà des sources les plus évidentes : journaux, archives publiques, fonds privés, correspondances, publicités, actes notariés et inventaires après décès. Des documents du quotidien deviennent alors des indices précieux. Autre découverte troublante, relevée par l’Université de Genève : dans l’histoire du Mérite carougeois, certaines femmes ont autrefois été distinguées pour leur dévouement maternel ou domestique. Ce que l’on considérait comme une réussite féminine n’avait manifestement pas les mêmes contours que pour les hommes. Le livre interroge aussi cette façon de distribuer la reconnaissance. C’est ce qui rend l’ouvrage passionnant : il ne cherche pas seulement des noms manquants. Il change le regard sur celles et ceux que Genève a choisi de retenir. Derrière les 200 portraits, une enquête collectiveLe projet est porté par l’historien Christophe Vuilleumier, en collaboration avec Irène Herrmann, historienne à l’Université de Genève, sous l’égide de l’Association pour l’étude de l’histoire régionale (AEHR). Des étudiantes, des étudiants et des spécialistes ont exploré les archives pour reconstituer des parcours du Moyen Âge au XXe siècle. À l’origine, les autorités genevoises cherchaient davantage de figures féminines susceptibles de donner leur nom à des rues ou à des places. Mais cette commande a ouvert un chantier beaucoup plus vaste : restituer aux femmes une place documentée dans l’histoire du canton. Ces 200 premiers portraits ne referment pas l’histoire : ils invitent à poursuivre l’enquête. Et si on les écoutait aussi ?L’AEHR prolonge cette découverte avec le podcast Héroïnes genevoises – 200 vies, conçu et raconté par les historiens Renata Latała et Pierre Guanzini. Une série de six épisodes est annoncée pour donner une voix à une partie des portraits et explorer les coulisses de leur redécouverte. Le premier épisode revient notamment sur le travail de Christophe Vuilleumier et d’Irène Herrmann. Il évoque aussi des personnages inattendus, dont une éditrice liée à Calvin, une tenancière de bordel du Moyen Âge et une première policière. Autant de pistes qui donnent envie de plonger dans le livre plutôt que d’en rester aux figures les plus célèbres. Écouter le podcast Héroïnes genevoises – 200 vies À découvrir200 femmes de l’histoire genevoise Prix catalogue : 38 CHF. La disponibilité peut varier selon les librairies et les indications de l’éditeur.
Consulter la fiche du livre chez Slatkine Lire l’enquête de l’Université de Genève Découvrir le projet et le podcast de l’AEHR
Il suffit parfois de pousser la porte d’une épicerie de 1851 pour découvrir une autre histoire de Genève. Et de se demander quelles femmes, aujourd’hui, contribuent à faire la ville sans que l’on retienne encore leur nom. |

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