Paola De Salvo, celle qui voit un avenir dans la laine de nos moutons |
À Bellevue, Paola De Salvo redonne de la valeur à la laine suisse. Avec Swiss Woolness Wellness, cette biologiste environnementale apprend, crée et transmet les gestes qui relient la toison à l’objet. |

En Suisse, on élève des moutons, mais leur laine ne trouve pas toujours preneur. Certaines toisons sont éliminées, faute de débouchés suffisants. Un paradoxe pour une matière capable de devenir du fil, du feutre, un vêtement ou même un isolant. À Bellevue, Paola De Salvo a décidé de s’intéresser à ce qui se passe après la tonte. Et surtout, à ce qui pourrait se passer si cette laine retrouvait une valeur. Avec Swiss Woolness Wellness, elle explore une question simple en apparence : comment transformer une ressource locale sous-utilisée en objets utiles, sans perdre les savoir-faire qui rendent cette transformation possible ? De la biologie environnementale à la laine bruteBiologiste environnementale, Paola De Salvo présente un parcours de plus de vingt-cinq ans dans la protection de l’environnement et l’humanitaire à l’international. Elle s’est depuis tournée vers une matière bien plus proche de chez elle. La laine suisse l’intéresse autant pour ses propriétés que pour ce qu’elle révèle : entre l’élevage et les usages possibles de la fibre, plusieurs étapes de transformation sont devenues difficiles à organiser économiquement. Elle a commencé par apprendre elle-même à travailler la laine brute. La laver, la carder, la teindre, la filer. Derrière ces verbes se cachent des gestes précis. Le cardage consiste à démêler et à orienter les fibres pour préparer le filage ou le feutrage. Un travail discret, indispensable pour passer de la toison à une matière utilisable. En 2023, son projet décroche le troisième prix du concours IDDEA. L’année suivante, Swiss Woolness Wellness rejoint le programme d’accompagnement entrepreneurial GENILEM. La démarche prend forme, entre production artisanale et transmission. Ce que peut devenir une toisonLa boutique de Swiss Woolness Wellness présente notamment des pelotes filées à la main, des savons enveloppés de laine et différents objets textiles. Ces réalisations à petite échelle donnent à voir la diversité des usages possibles. Avant de devenir un fil ou un objet feutré, la laine doit être triée, lavée, séchée, puis préparée selon la transformation envisagée. Chaque étape demande du matériel, du temps et une connaissance de la matière. |
![]() Laine préparée pour le filage. Photo : Gracielou / Wikimedia Commons, domaine public. |
Swiss Woolness Wellness explore Ă©galement d’autres usages de cette matière, notamment les tapis de yoga en laine suisse. L’enjeu est de parvenir Ă organiser ce passage de la laine brute Ă une fibre prĂŞte Ă l’emploi, tout en rĂ©munĂ©rant les diffĂ©rentes Ă©tapes. Ă€ Bellevue, les premiers gestes se transmettent dĂ©jĂEn 2024, une bourse communale de dĂ©veloppement durable a permis Ă Paola d’acquĂ©rir deux machines Ă carder, deux fileuses et une machine Ă coudre. Grâce Ă ce matĂ©riel, quatre ateliers ont rĂ©uni une vingtaine de participants autour de la transformation de la laine. Ă€ l’échelle d’une filière, l’expĂ©rience reste modeste. Pour les participants, elle rend tangible le travail nĂ©cessaire Ă la fabrication d’un fil ou d’un objet Ă partir de fibres brutes, un travail souvent connu seulement Ă travers son rĂ©sultat final. Ces ateliers rĂ©pondent aussi Ă une ambition de Paola : rapprocher les Ă©leveurs, les artisans et les consommateurs autour des connaissances nĂ©cessaires pour fabriquer un objet. Le dĂ©fi de changer d’échelleLaver et sĂ©cher la laine manuellement permet d’expĂ©rimenter. Pour traiter davantage de matière, il faut cependant d’autres Ă©quipements. En 2025, Swiss Woolness Wellness a lancĂ© une campagne de financement participatif sur SIG Impact pour financer une installation de lavage et de sĂ©chage. La campagne a dĂ©passĂ© son objectif initial de 22 000 CHF, en rĂ©unissant 24 150 CHF auprès de 151 contributeurs. Le financement est acquis ; la livraison et la mise en service de l’équipement restent Ă confirmer. Paola porte aussi une ambition baptisĂ©e « Wool Street » : dĂ©velopper un atelier mobile capable de rapprocher certaines opĂ©rations de transformation des exploitations agricoles. Transporter, nettoyer, stocker et prĂ©parer la laine reprĂ©sentent autant d’étapes Ă organiser. L’atelier itinĂ©rant pourrait contribuer Ă les relier, mais Wool Street reste Ă ce jour un projet annoncĂ©, dont le dĂ©ploiement opĂ©rationnel n’est pas Ă©tabli. Le 13 novembre, dĂ©couvrir le cardage et le filage Ă CarougePour comprendre ces gestes, rendez-vous le vendredi 13 novembre 2026 : Paola De Salvo propose deux ateliers de dĂ©couverte de la laine dans le cadre du programme « De fil en aiguille » de la Ville de Carouge. Au programme : prĂ©paration des fibres, cardage et initiation au filage. Les sĂ©ances se dĂ©roulent au FĂ©lin, rue des Horlogers 13, de 17 h Ă 19 h et de 19 h Ă 21 h. Elles sont gratuites, sur inscription, sous rĂ©serve des places disponibles. Consulter le programme officiel et les inscriptions de la Ville de Carouge. Une matière ancienne, des possibilitĂ©s Ă retrouverUne entreprise ne peut, Ă elle seule, rĂ©soudre les difficultĂ©s de valorisation de la laine suisse. Paola De Salvo a pourtant dĂ©jĂ franchi plusieurs Ă©tapes : apprendre les gestes, dĂ©velopper des objets, transmettre ses connaissances et mobiliser des soutiens pour faire Ă©voluer ses capacitĂ©s de production. Entre une toison dont on ne sait que faire et un objet que l’on choisit de garder, il existe toute une chaĂ®ne de mĂ©tiers et de dĂ©cisions. Redonner de la valeur Ă la laine suisse, c’est aussi retrouver les personnes et les savoir-faire qui permettent de la transformer. |


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